A-t-on trouvé la clé du « réarmement démographique » ? Alors que la natalité baisse à l’échelle mondiale, deux études américaines parues en 2026 désignent un coupable que personne n’avait vu venir : le smartphone ; et en particulier l’iPhone. Avant d’aller jeter le vôtre par la fenêtre, prenons le temps de regarder ce que ces travaux soulignent vraiment.
La fécondité américaine a reculé de 22 % depuis 2007, un déclin continu que ni la crise financière de 2008, ni les progrès de la contraception, ni la flambée du coût du logement n’expliquent à eux seuls. Or 2007, c’est aussi l’année où Apple a dégainé son tout premier iPhone, qui célèbrera donc ses 20 ans l’an prochain. Simple hasard de calendrier ? Deux équipes de chercheurs ont décidé d’y regarder de plus près.
Baisse de la natalité : pourquoi l’iPhone se retrouve sur le banc des accusés
La première étude qui en découle porte un titre on ne peut plus provocateur : « Is the iPhone Birth Control? » (l’iPhone est-il un contraceptif ?). Signée par l’économiste Caitlin Myers et par Ezekiel Hooper, du Middlebury College, elle repose sur une astuce méthodologique plutôt maligne. Entre 2007 et 2011, l’iPhone ne se vendait aux États-Unis que chez un seul opérateur : AT&T. Les chercheurs ont donc comparé les comtés bien couverts par AT&T à ceux qui ne l’étaient pas ; une forme d’expérimentation grandeur nature.
Le verdict, publié par le NBER (un bureau de recherche économique qui fait autorité outre-Atlantique), ne souffre guère d’ambiguïté : là où le smartphone d’Apple s’est le mieux installé en 2007, les naissances ont chuté de 4,5 à 8 % chez les 15-19 ans, et de 3,2 à 6,6 % chez les 20-24 ans. Au total, la diffusion de l’iPhone expliquerait 33 à 52 % du recul de la fécondité chez les femmes américaines de 15 à 44 ans entre 2007 et 2011.
Or, lorsque les auteurs rejouent l’exercice sur les zones couvertes par Verizon ou Sprint (qui, pour leur part, ne vendaient pas l’iPhone à l’époque), l’effet s’évapore. Dans ces conditions, difficile d’expliquer un tel phénomène autrement que par l’apparition du téléphone intelligent de la marque à la pomme.
Une seconde étude, conduite par les économistes Nathan Hudson et Hernan Moscoso Boedo (de l’université de Cincinnati) sur 128 pays, repère la même cassure de courbe un peu partout dans le monde. Ils évoquent dans leur diagnostic un « choc technologique mondial commun ».

Smartphone et fertilité : quels sont les effets réels du téléphone ?
Entendons-nous bien : ces deux travaux n’imputent pas la dénatalité à une quelconque toxicité du mobile, mais à une mutation de nos comportements. En clair, personne n’aurait été « stérilisé » par son smartphone. En revanche, l’iPhone (et, dans son sillage, le smartphone tel que nous le connaissons aujourd’hui) a profondément réorganisé notre vie sociale, et donc notre vie sexuelle.
Les chercheurs pointent plusieurs mécanismes en cascade : moins de temps passé ensemble « en vrai », davantage de temps rivé à l’écran, une consommation de pornographie en hausse… Et, au bout de la chaîne, moins de rencontres susceptibles de déboucher sur une naissance.
Ce constat en croise un autre, plus ancien et tout aussi préoccupant : celui des ondes radiofréquences et de leur action présumée sur les spermatozoïdes. Le sujet avait notamment été étudié dans une revue scientifique de 2025.
Réalisée par les chercheurs turcs Hava Bektas et Suleyman Dasdag, elle s’appuyait sur une centaine d’articles scientifiques, et semblait confirmer plusieurs effets de nos téléphones sur la fécondité, en particulier chez les hommes : élévation de la température testiculaire (compromettant la qualité du sperme), modification du taux d’hormones reproductrices masculines, altérations de la structure des testicules…
Pour mieux procréer, faut-il mettre son téléphone à la poubelle ?
Avant de céder à la panique (et de sacrifier un appareil à 1 000 euros sur l’autel de la démographie), un peu de nuance s’impose. Les deux études de 2026 sont à l’état de working papers, ce qui signifie qu’ils n’ont pas fait l’objet d’une révision par les pairs de la communauté scientifique. Ensuite, comme nous venons de le voir, ces travaux décrivent surtout une évolution de nos habitudes sociales ; or celles-ci sont imputables à d’autres ressorts que la seule arrivée du smartphone dans nos poches.
La corrélation, aussi robuste soit-elle, ne vaut pas preuve absolue : les auteurs reconnaissent eux-mêmes ne pouvoir totalement écarter d’autres différences entre comtés. D’autant qu’aux États-Unis, le repli de la natalité s’est amorcé dès le début des années 1990, bien avant que le moindre iPhone ne soit commercialisé. Le smartphone aurait donc accéléré une tendance préexistante, sans en être le déclencheur.
Quant aux effets sanitaires des ondes, ils ne font pas (encore) consensus dans la communauté scientifique. Des associations comme Alerte Phonegate, qui ont fait de ce combat leur cheval de bataille, recommandent d’en limiter l’exposition par quelques gestes simples : éviter de glisser son téléphone dans la poche du pantalon, et désactiver certaines fonctions « invisibles » (comme le Wi-Fi ou le Bluetooth) tant qu’on ne s’en sert pas. Mais c’est avant tout aux fabricants de téléphone qu’il reviendra, le cas échéant, de s’emparer du dossier.
Et vous, combien d’heures votre téléphone vous a-t-il « volées » cette semaine ? Allez donc jeter un œil à votre temps d’écran : il dépasse souvent, et de loin, ce qu’on imaginait. De là à conclure qu’il vous a empêché de concevoir votre future progéniture… Nous vous laisserons seul juge de ce verdict.
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