OpenAI s’offre Glass Imaging, une société californienne spécialiste de l’imagerie mobile. L’opération renforce une rumeur qui court depuis quelques mois, celle d’un smartphone maison dont la pièce maîtresse annoncée était justement le traitement d’image. Le téléphone d’OpenAI devient-il crédible ?
Plus de 300 millions de dollars pour une société que presque personne ne connaît hors du milieu de l’imagerie mobile : OpenAI a racheté Glass Imaging, selon les échos de la presse américaine. Cette société méconnue ne fabrique ni capteur ni objectif, mais elle conçoit le logiciel qui transforme les données brutes du capteur en image. De quoi relancer les rumeurs sur la sortie prochaine d’un « smartphone ChatGPT ».
Glass Imaging : le rachat stratégique d’OpenAI
Fondée en 2019 à Los Altos, en Californie, la société Glass Imaging avait levé environ 30 millions de dollars avant l’opération. Ses deux fondateurs, Ziv Attar et Tom Bishop, viennent d’Apple, où ils ont dirigé l’équipe à l’origine du mode Portrait de l’iPhone.
Leur produit s’appelle GlassAI, et c’est un ISP neuronal. L’ISP, pour image signal processor, est la chaîne qui transforme les données brutes du capteur en photo affichable. Dans un téléphone classique, elle enchaîne des étapes réglées à la main : dématriçage, débruitage, accentuation, fusion de clichés. GlassAI remplace cette chaîne par un seul réseau, entraîné pour un module caméra précis : il apprend comment cet objectif déforme la lumière et comment ce capteur bruite, puis inverse les deux.
GlassAI n’est pas une promesse de laboratoire. La technologie équipe déjà la série Honor 600, lancée en Europe en avril 2026, ou encore l’iPhone 16 Pro Max d’Apple. Cet algorithme qui aide à sublimer les photos enregistrées par le capteur, constitue donc un actif stratégique du marché du smartphone, qu’OpenAI vient de s’offrir.
Un rachat qui semble confirmer les rumeurs : le traitement d’image en tête de fiche
Le 5 mai 2026, Ming-Chi Kuo, analyste chez TF International Securities, partageait des bruits de couloir sur le téléphone que préparerait OpenAI. Il y écrivait que le processeur d’image en serait la spécification vedette, avec un traitement HDR renforcé destiné à améliorer la perception visuelle du monde réel.
La production de masse serait visée dès le premier semestre 2027. Pour le processeur, les noms de Qualcomm et de MediaTek ont été évoqués, ce dernier semblant désormais « mieux placé », avec une version personnalisée du Dimensity 9600, gravé chez TSMC sur son nœud N2P en 2 nm.
S’y ajouteraient une architecture à double NPU, les unités de calcul dédiées à l’intelligence artificielle, de la mémoire LPDDR6 et du stockage UFS 5.0. Puis deux mécanismes de sécurité, pKVM et le hachage en ligne : le premier est un hyperviseur qui isole certains traitements du système Android lui-même, et tient même si Android est compromis. Kuo ne détaille pas le second.
Apple et Google dans le viseur : pourquoi OpenAI veut sa part du gâteau
Depuis deux ans, l’IA est devenue l’un des terrains d’affrontement des constructeurs de smartphones. Samsung intègre Galaxy AI à toute sa gamme depuis 2024, Google fait de Gemini la couche système de ses Pixel, Apple a lancé Apple Intelligence à la WWDC 2024.
Même le milieu de gamme accélère la cadence : Xiaomi a déployé HyperAI dans HyperOS 3, et Motorola, Oppo ou encore Honor multiplient les outils de transcription, de génération d’images et d’assistance contextuelle.
Et OpenAI dans tout ça ? Son IA évolue toujours dans des écosystèmes que l’entreprise ne contrôle pas. Or, la firme ne veut plus seulement fournir la technologie derrière certains services, mais aussi maîtriser l’ensemble de l’expérience utilisateur.

Une stratégie qui rappelle celle de Google lors du lancement des Pixel, lorsque la firme à l’origine d’Android a décidé de passer du logiciel au matériel pour mieux mettre en avant ses services. Et si Google, avec Gemini, fait évidemment de l’ombre à OpenAI, son PDG Sam Altman déclare explicitement vouloir s’attaquer à l’entreprise qui domine le marché du smartphone : Apple.
« AI agent phone » : la réponse d’OpenAI au « intelligent personal hub » d’Apple ?
L’appareil ne serait pas un smartphone ordinaire avec ChatGPT préinstallé, mais un « AI agent phone » : un téléphone bâti autour d’agents conversationnels.
L’utilisateur formule un besoin en langage courant, et l’assistant enchaîne les actions à sa place. Le téléphone capterait en continu le contexte de son propriétaire pour anticiper ses demandes. Fin avril, Sam Altman appelait à « repenser sérieusement » la conception des systèmes d’exploitation et des interfaces.
L’idée n’appartient d’ailleurs pas à OpenAI. Carl Pei, patron de Nothing, annonçait en mars au festival SXSW la disparition des applications au profit des agents. Quant à Apple, sa keynote de rentrée 2026 montrait justement comment Siri AI se nourrit du contexte de l’ensemble du téléphone pour exécuter des tâches à l’aide de l’intelligence artificielle.
Un précédent rachat et un procès en cours contre Apple : OpenAI veut concurrencer la pomme
Jony Ive, l’ancien designer de l’iPhone, collabore avec la firme de Sam Altman depuis 2023. OpenAI a d’ailleurs racheté sa startup io Products en mai 2025 pour 6,5 milliards de dollars.

Récemment, les deux hommes ont explicitement exprimé leur vision du smartphone du futur : un objet potentiellement sans écran, tenant dans la poche, présenté comme « plus calme et apaisé qu’un iPhone ». Et si le message n’était pas suffisamment clair, Jony Ive ajoute que la vision actuelle du smartphone, entre notifications et sollicitations permanentes, lui semble dépassée.
« [Utiliser un smartphone aujourd’hui,] c’est comme traverser Times Square à New York, et subir toutes les nuisances qui vont avec : des lumières clignotantes en plein visage, des gens qui vous bousculent, des sons qui se déclenchent sans arrêt… […] À l’inverse, utiliser un appareil pensé autour de l’IA, ce serait comme se poser dans un magnifique chalet au bord d’un lac, en pleine montagne, pour profiter du calme et de la tranquillité. »
Dans le sillage de ce partenariat avec Jony Ive, la division matérielle d’OpenAI continue de se peupler d’anciens de Cupertino, ce qui n’est pas du tout du goût d’Apple. Le 10 juillet 2026, Apple a assigné OpenAI en Californie du Nord pour vol de secrets industriels et rupture de contrat. La plainte décrit un schéma répété chez d’anciens salariés d’Apple passés chez OpenAI et vise nommément Tang Tan, directeur matériel, cumulant 24 ans de maison chez Apple.
La course semble donc engagée pour savoir qui, d’Apple ou d’OpenAI, saura imposer sa vision du smartphone IA. Il est d’ailleurs amusant de constater combien le discours introductif de John Ternus, lors de la keynote de rentrée 2026, semble répondre directement à Sam Altman, en rappelant combien l’iPhone est (déjà) le meilleur device pour profiter de l’intelligence artificielle.
« Aucun produit au monde n’est mieux conçu pour être votre hub personnel intelligent que l’iPhone. » – John Ternus lors de la keynote du 9 septembre 2026.
Le défi de l’OS : quel système d’exploitation pour le « smartphone ChatGPT » ?
L’un des défis majeurs pour le smartphone d’OpenAI concerne le système d’exploitation. Deux options semblent possibles : développer un OS maison, ou utiliser Android avec une surcouche centrée sur ChatGPT.
La première solution offrirait à la firme un contrôle total de l’expérience utilisateur, mais créer un nouvel écosystème mobile viable est une tâche extrêmement complexe. Ces dernières années, Windows Phone, BlackBerry OS ou encore HarmonyOS ont tous montré à quel point il est difficile d’attirer développeurs et utilisateurs vers de nouvelles solutions.

La seconde option paraît plus réaliste. Mais en utilisant Android, OpenAI deviendrait dépendant de Google et du Play Store, et renforcerait paradoxalement l’écosystème de son principal concurrent dans l’intelligence artificielle.
Le pari industriel d’OpenAI : 30 millions d’unités attendues d’ici à 2028
Kuo chiffre les livraisons cumulées à environ 30 millions d’unités sur 2027 et 2028, si le développement tient le calendrier. Le chiffre reste modeste à l’échelle du marché, mais il est considérable pour une entreprise qui n’a jamais fabriqué de téléphone.
En termes de calendrier de sortie de ce « ChatGPT Phone », les derniers échos évoquent un glissement du premier trimestre 2027 vers l’année 2028.
Le glissement s’opère alors que Sam Altman a démenti, en parallèle, les rumeurs qui prêtaient à OpenAI une volonté d’entrée en Bourse avant la fin de l’année 2026. Une entrée en Bourse qui aurait été d’autant plus facilitée par l’annonce parallèle d’un produit technologique comme un smartphone.
Réinventer le smartphone : une idée séduisante, mais difficile
L’idée de repenser totalement le smartphone n’est pas absurde dans un marché qui donne parfois le sentiment de tourner en rond. De nombreux constructeurs semblent partager le constat que l’IA pourrait constituer la prochaine grande rupture technologique. De son côté, Amazon travaillerait également sur au moins un téléphone « maison » centré sur Alexa.
Mais l’histoire du secteur montre que réinventer le smartphone est beaucoup plus facile à imaginer qu’à concrétiser. Les spécialistes citent régulièrement plusieurs échecs marquants, comme le Fire Phone en 2014 (lui aussi signé Amazon), ou les très éphémères smartphones Facebook en 2013. Mais aussi, plus récemment, l’Humane AI Pin, rapidement mis hors service, malgré les investissements conséquents d’un certain… Sam Altman.
En résumé, OpenAI semble vouloir faire du smartphone ce que ChatGPT a réussi à accomplir dans le domaine des assistants conversationnels : redéfinir l’expérience utilisateur autour de l’intelligence artificielle. Mais l’entreprise pourra-t-elle réellement révolutionner les usages, et bousculer un marché verrouillé par Apple et Samsung ?
Certains liens de cet article peuvent être affiliés.
Prix indicatifs, susceptibles d'évoluer. L'image de une peut avoir été générée en tout ou partie par IA.











