Un robot-tondeuse volé chez un utilisateur américain, un tracking 4G censé infaillible qui ne fonctionne pas, et c’est finalement une caméra municipale qui permet la récupération. L’incident, raconté en mai 2026 sur Reddit, relance une question que les acheteurs de robots-tondeuses haut de gamme se posent à demi-voix : peut-on encore voler un appareil pourtant verrouillé par PIN, lié à un compte et géolocalisé en 4G ? On a creusé.
Le segment du robot-tondeuse sans fil premium a explosé entre 2024 et 2026, avec des machines qui se vendent désormais entre 1 500 et 5 000 €. À ce niveau d’investissement, le risque de vol n’est plus une vue de l’esprit, et les constructeurs ne s’y trompent pas : chaque fiche produit met en avant son arsenal antivol : code PIN, alarme de soulèvement, association au compte propriétaire, géolocalisation 4G, blacklistage par numéro de série.
Sur le papier, le robot-tondeuse moderne semble presque impossible à monétiser pour un voleur. Mais en est-on si sûr ? Le robot-tondeuse va-t-il suivre la trajectoire du vélo électrique, dont l’assurance dédiée est désormais quasi-obligatoire en zone urbaine ? Décryptage en quatre temps.
Un Dreame A3 AWD Pro disparu, un tracking 4G qui n’a pas tenu
Le 15 mai 2026, un utilisateur du subreddit r/roboticLawnmowers raconte le vol de son Dreame A3 AWD Pro, un robot-tondeuse haut de gamme qu’il venait d’acquérir et qu’il utilisait depuis moins d’un mois. L’utilisateur explique avoir scrupuleusement configuré toutes les fonctions de tracking 4G annoncées par la marque, et que la machine disposait encore de 60 % de batterie au moment du vol. Lorsqu’il contacte Dreame pour activer la géolocalisation à distance, le service client est dans l’impossibilité de fournir une position en temps réel et annonce un délai de réponse de 48 heures pour une éventuelle assistance.
On m’a volé ma tondeuse Dreame aujourd’hui ! – Le suivi a échoué (
par
u/ReplacementTasty dans la
catégorie « Tondeuses robotisées »)
C’est finalement une caméra de la police municipale, située dans la rue voisine, qui permettra d’identifier le voleur grâce à sa plaque d’immatriculation. Le robot sera retrouvé intact le lendemain. Bonne nouvelle, mais pas sans un brin d’ironie, puisqu’aucune des fonctions antivol annoncées par le constructeur n’a contribué à la récupération. Le post est documenté par une capture vidéo et a généré plus d’une centaine de commentaires en quelques jours, attestant que l’incident a marqué la communauté.
Nota Bene : nous n’avons pas réussi à déterminer si le Dreame A3 AWD Pro embarque une connectivité 4G native ou un module optionnel, la communication de la marque restant floue sur ce point. Or, pour un appareil qui vaut entre 2 500 et 3 000 €, l’acheteur ne devrait pas avoir à découvrir les limites du tracking au moment où il en a besoin…
Sur le papier, les constructeurs ont prévu quatre verrous
En principe, les fabricants ont développé quatre couches de défense. On les retrouve aujourd’hui, à des degrés divers, chez Husqvarna, Mammotion, Ecovacs, Dreame, Navimow, Worx, etc. :
- Le premier verrou est le code PIN obligatoire, généralement à 4 ou 6 chiffres, que l’utilisateur saisit à la mise en service. Sans le code, le robot affiche un écran de demande à l’allumage et reste inutilisable. Une saisie erronée plusieurs fois de suite déclenche un verrouillage temporaire de l’appareil ;
- le deuxième verrou est l’association de l’appareil au compte cloud du propriétaire d’origine, ce qu’on appelle parfois « binding ». Le robot est lié à un compte utilisateur unique, et toute tentative de re-binding sur un autre compte exige la confirmation du propriétaire initial ;
- le troisième verrou est l’alarme de soulèvement, couplée chez certains modèles à un système de géolocalisation. Si le robot quitte sa zone cartographiée (« geofence ») ou est soulevé sans saisie préalable du code PIN, une alarme sonore puissante se déclenche, et une notification est envoyée à l’application. Sur les modèles équipés de 4G intégrée ou en option, la position GPS peut être consultée à distance et partagée avec les forces de l’ordre ;
- le quatrième verrou est le blacklistage par numéro de série. Si le propriétaire déclare l’appareil volé au service après-vente, le robot est bloqué pour toute mise à jour future, et tout passage en SAV officiel révèle immédiatement le vol.



On pourrait aisément se convaincre qu’un voleur qui s’attaquerait à un robot-tondeuse moderne devrait passer beaucoup plus de temps à tenter de le revendre qu’à le voler. La réalité, comme souvent, est un peu plus nuancée.
Dans la réalité, le risque est encore présent
L’incident Reddit l’a rappelé sans ambiguïté : disposer d’un arsenal antivol bien documenté sur le papier ne signifie pas qu’on récupère son robot en cas de vol. Et c’est probablement le point le plus mal compris par les acheteurs au moment de l’investissement. La plupart des protections constructeur existent d’abord pour rassurer le propriétaire à l’achat, et pour décourager la revente d’un appareil entier sur le marché de l’occasion. Elles ne sont pas conçues, en revanche, pour permettre la récupération physique d’un appareil déjà volé…
Plusieurs failles techniques rendent d’ailleurs l’écosystème antivol perfectible. Le tracking 4G dépend d’une carte SIM, parfois extractible physiquement sur les modules à connectivité optionnelle. Quelques tournevis suffisent à neutraliser la géolocalisation, dans les 5 à 10 minutes qui suivent le vol. Même sur les modèles à 4G intégrée, une cage de Faraday improvisée (sac doublé d’aluminium épais, garage souterrain en béton, malle blindée) bloque immédiatement le signal cellulaire et GPS. Le coût matériel est ridicule pour qui sait s’y prendre, et le délai de récupération moyen du SAV (48 heures dans le cas Dreame) laisse largement le temps de mettre le robot hors d’atteinte des ondes.

Vient ensuite la question du démontage en pièces détachées : un robot blacklisté en tant qu’unité n’empêche pas la revente séparée de ses composants sur les plateformes de seconde main. Batterie LiFePO₄ neuve (200 à 500 € selon les modèles), lames de coupe, capteurs LiDAR, panneaux solaires, châssis aluminium, roues motorisées : autant de pièces qui se revendent à l’unité sans contrôle de série, et qui peuvent rapporter 500 à 1 500 € sur l’ensemble d’un robot démantelé.
Une promesse marketing à requalifier honnêtement
L’addition de ces failles ne signifie pas que l’antivol des robots-tondeuses ne sert à rien, loin de là. Mais elle invite à requalifier honnêtement la promesse marketing : on n’achète pas une garantie de récupération, on achète une dissuasion contre le vol opportuniste et une complication relative pour qui voudrait revendre l’appareil entier.
Le problème, c’est qu’à la perte directe en cas de vol s’ajoutent désormais des coûts récurrents que les acheteurs n’anticipent pas toujours. Mammotion propose la 4G en abonnement payant après une à trois années, selon les modèles1. Le module 4G Pro d’Ecovacs est vendu 149 € en accessoire optionnel, ce qui transforme l’antivol en surcoût matériel sur un produit déjà à plus de 2 000 €. Husqvarna intègre la connectivité Automower Connect mais l’avenir de son coût d’abonnement reste flou au-delà de 5 ans. Aucune marque ne s’engage publiquement sur la disponibilité du service GPS au-delà de la garantie standard, c’est-à-dire 2 à 3 ans. Concrètement, l’acheteur d’un robot 2026 ne sait pas si sa fonction tracking sera encore opérationnelle en 2031, ni à quel prix elle se renouvellera.
En conséquence, le segment est plus vulnérable au vol qu’il n’y paraît, et plus coûteux à utiliser dans la durée que ne le suggère le prix d’achat. Cette double faiblesse pourrait bien forcer le marché à adopter à terme une assurance dédiée, comme c’est désormais le cas pour le vélo électrique avec ses contrats à partir de quelques euros par mois. À surveiller dans les prochaines années… D’ici là, nous avons rassemblé dans un article dédié les gestes qui permettent vraiment de se protéger contre le vol !
- https://fr.mammotion.com/blogs/news/mammotion-4g-service-guide ↩︎
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