Quatre marques ont présenté à Berlin un objet assez similaire : un boîtier de vidéosurveillance capable de comprendre ce que filment les caméras et de piloter le reste du logement. Autour d’elles, deux autres familles avancent sur le même terrain par des chemins différents. Ces nouveaux cerveaux domestiques peuvent-ils vraiment remplacer une centrale d’alarme ?

Une caméra de surveillance produit des heures d’images que personne ne regarde. C’est son principal défaut depuis quinze ans. Ajouter des pixels n’y change rien : les alertes s’accumulent, on les fait défiler du bout du doigt et, lorsqu’il se passe réellement quelque chose, il faut parfois parcourir toute une journée d’enregistrements.
La réponse la plus courante a longtemps consisté à payer un abonnement au cloud. Le fabricant se chargeait du tri sur ses propres serveurs, avec ses propres conditions. Le traitement en local propose une alternative. L’idée n’est certes pas née à Berlin (des stations comme les Eufy HomeBase stockaient et analysaient déjà les images directement à domicile, sans abonnement), mais les exemples que nous avons pu observer à l’IFA 2026 traduisent une ambition plus grande : piloter le logement entier depuis un seul appareil.
Ils viennent de la caméra, du stockage ou de l’alarme : tous se disputent le cerveau du logement
| D’où ils viennent | Acteurs | Produits récents et actualités marquantes | Ouverture aux appareils des autres | Disponibilité |
|---|---|---|---|---|
| Caméras devenues boîtiers | Anker, EZVIZ, Reolink | MindBase, AI CoreX, Home Hub 2 | Chez Anker, Matter 1.5, Thread, Zigbee et multi-admin, avec HomeKit (HKSV), Alexa, Google Home et Home Assistant annoncés. Chez Reolink, Alexa, Google Home, Home Assistant, Homey et IFTTT, ce dernier limité à certains modèles et firmwares. Non précisée pour l’AI CoreX chez EZVIZ | Reolink à l’automne 2026, 159,99 €. Anker et EZVIZ : ni prix ni date communiqués |
| Stockage arrivé par l’autre bout | UGREEN | HomeAgent HA100 et HA100 Pro, MasterAgent MA100, caméras SynCare. 1 799 $ pour le HA100, 5 999 $ pour le HA100 Pro, 19 999 $ pour le MA100, respectivement 899, 2 999 et 9 999 $ en tarif Super Early Bird | Matter over Thread, Wi-Fi et Ethernet. Caméras tierces en ONVIF et RTSP, jusqu’à 8 flux simultanés. Compatibilité des appareils tiers à confirmer | Réservations avec dépôt depuis le 4 septembre, présentées comme des précommandes par UGREEN. Kickstarter à partir du 27 octobre 2026. Expéditions annoncées fin janvier 2027 pour le HA100 et deux caméras SynCare, fin avril 2027 pour le HA100 Pro, fin juillet 2027 pour le MA100 |
| Centrale de sécurité et stockage local | Aqara | Home Station M410 et Camera G510, sans recherche vidéo générative annoncée sur la station. Prototype déjà présenté à l’IFA 2025 | Matter, stockage extensible par disque dur, SSD ou microSD | Ni prix ni date annoncés pour la deuxième année consécutive |
| Domotique ouverte | Shelly | ThreadLink, firmware Matter 2.8.0 pour les écrans muraux, première caméra | Avec ThreadLink, exposition native à Apple Home, Google Home, Alexa, SmartThings et Home Assistant via Matter, plus un module dédié pour Home Assistant. RTSP et WebRTC sur la caméra | Caméra en vente à 39,90 €. ThreadLink annoncé pour environ trois mois après l’IFA, en option appareil par appareil, liste des Gen4 éligibles non publiée |
| Plateforme | Skyworth Digital et Strong, en partenariat avec Google Home | Conception de référence Gemini, gamme AI Home annoncée | Dépend de Google Home, dont les fonctions caméra avancées exigent le forfait Advanced à 18 €/mois | Premiers appareils en 2027 |
| Télésurveillance, matériel acheté | Somfy | Gamme Somfy Protect, télésurveillance et connexion de secours vendues à la carte | TaHoma s’ouvre à Google Home, Alexa et Apple Home | Déjà en place. Télésurveillance à 9,99 €/mois sans engagement, en plus de l’achat du système. Connexion de secours à 2,99 €/mois, offerte cinq ans sur Home Keeper et Home Alarm Advanced |
| Télésurveillance, service abonné | Verisure | Rachat bouclé en juillet de l’interphone français Kivala Système. Centrale connectée en Ethernet, Wi-Fi, 4G, 3G et 2G, avec carte SIM et batterie de secours | Service fermé | Déjà en place. 34,90 €/mois pour l’offre Primo-Accédant sous conditions, avec engagement 36 mois, installation à partir de 199 € HT |
La caméra ne se contente plus d’enregistrer : elle interprète, et agit
L’objet, lui, change finalement assez peu. Sa fonction, en revanche, évolue beaucoup. Une caméra de 2026 n’est plus seulement un enregistreur que l’on consulte après un incident : c’est un capteur qui alimente une machine chargée d’interpréter ce qu’elle voit.
Sur le stand d’EZVIZ, nous avons demandé au système de retrouver un homme portant un t-shirt jaune. Il a analysé les enregistrements et retrouvé les séquences correspondantes.

UGREEN promet la même chose sur son HomeAgent, avec des questions du type « à quelle heure le livreur est-il passé », mais sur un produit dont les premières livraisons sont annoncées pour 2027.

Reolink propose une fonction comparable, sans abonnement, à partir d’une description comme « une personne devant le garage ».

Anker va plus loin, du moins sur le papier. La marque (qui a annoncé à cette même IFA le regroupement d’eufy, soundcore, SOLIX et eufyMake sous son propre nom) décrit un agent de sécurité capable d’évaluer le niveau de risque en temps réel puis de réagir par paliers : observation, éclairage, avertissement vocal, dissuasion active. Le système ne se contenterait donc plus de signaler un événement, il pourrait tenter d’agir (reste à le voir fonctionner ailleurs que sur un stand, MindBase n’ayant à ce jour ni prix ni date).

Et le capteur ne se limite plus à la caméra. Le kit présenté autour de MindBase associe une caméra à projecteur suiveur, une sonnette et un module destiné au jardin. Ce dernier, le Smart Security Shield, détecte un inconnu jusqu’à quinze mètres grâce à un double radar et peut reconnaître un habitant jusqu’à trente mètres à partir d’un identifiant numérique.
De nouvelles méthodes d’enregistrement, pour de nouveaux usages avec un statut juridique flou
Le changement concerne aussi la nature des images produites. UGREEN explique que les caméras résidentielles enregistrent aujourd’hui des incidents bruts avant d’écraser progressivement les séquences, et donc avec elles certains moments de la vie quotidienne. La marque présente HomeAgent comme un système capable de tirer un journal vidéo de la journée passée.
La caméra de sécurité peut donc devenir un album de famille. Avec un hic : dès lors qu’un appareil filme en permanence le salon pour conserver des souvenirs, il ne peut plus être considéré comme une simple caméra de dissuasion, ni du point de vue de l’usage ni de celui du droit.
Le matériel lui-même confirme cette évolution. L’AI CoreX d’EZVIZ accepte des photos, des documents et des sauvegardes de smartphone. Il dispose de deux emplacements de disques, pour une capacité maximale d’environ 60 To évoquée lors de la démonstration qui nous a été faite.

Le HomeAgent d’UGREEN sépare de son côté les usages sur ses disques. Sa configuration dite 2+1 distingue les fichiers personnels des images de sécurité.

De son côté, Anker a également présenté un détecteur de chute à ondes millimétriques. Ce radar mesure les mouvements d’un corps sans le filmer, et peut notamment servir dans une salle de bains ou au domicile d’une personne âgée. Surveiller une pièce sans caméra n’a rien d’inédit (Aqara exposait au même salon son capteur de présence FP400, sur la même technologie), mais voir une marque de caméras s’y mettre en dit long sur la direction prise.
Traitement local ne veut pas dire hors ligne : trois promesses qu’on confond, et qui se paient séparément
Trois promesses circulent dans les communiqués et elles n’ont rien à voir entre elles : analyser les images chez soi, fonctionner sans internet, ne payer aucun abonnement. Une marque peut en tenir une sans tenir les deux autres, et c’est le cas de presque toutes.
La caméra de Shelly, vendue 39,90 euros sur la boutique européenne du fabricant, en est, par exemple, le cas d’école. D’un côté, les vidéos peuvent être stockées sur une carte microSD allant jusqu’à 512 Go, non fournie, tandis que le flux peut être récupéré en RTSP et WebRTC, deux standards permettant notamment à un logiciel tiers ou à un enregistreur d’accéder à l’image pour la traiter localement.
Pour autant, Shelly propose bien du stockage cloud optionnel (hébergé dans l’Union européenne), dès 3,99 euros/mois pour une caméra. Quant à la reconnaissance d’objets proposée directement par Shelly, elle reste distante et payante : elle distingue les personnes, les animaux et les véhicules et fait partie de l’abonnement Shelly Cloud Premium.
En clair, lorsqu’on dit que Shelly permet le traitement local, il convient d’être précis : l’analyse fournie par Shelly est distante et facturée, tandis que l’analyse locale reste possible, mais doit être mise en place par l’utilisateur, avec un logiciel tiers comme Frigate par exemple.
À l’inverse, Reolink affirme que son moteur fonctionne directement sur les caméras et les enregistreurs, sans cloud ni abonnement. La recherche vidéo locale du Home Hub 2 ne demande effectivement aucun forfait. Trois réserves tout de même : elle porte sur les enregistrements d’événements des caméras compatibles et non sur l’intégralité d’un flux continu, les requêtes doivent pour l’instant être formulées en anglais, et la marque commercialise en parallèle une recherche vidéo dans le cloud, elle, soumise à forfait.
EZVIZ annonce de son côté des fonctions de détection utilisables sans abonnement sur certaines caméras, tout en évoquant des « formules IA pour la maison » dont le contenu n’est pas détaillé. Au moment de la fermeture du salon, la répartition exacte entre fonctions gratuites et payantes ne semblait donc toujours pas tranchée.
Anker, enfin, mérite un traitement à part, parce que c’est l’une des marques qui insiste le plus sur l’absence d’abonnement obligatoire et celle dont l’offre payante est la plus découpée. Le stockage local est bien inclus, sans frais mensuels. Mais trois services s’ajoutent par-dessus, et ils n’ont rien à voir entre eux. Le Cloud Backup achète de l’historique dans le nuage, 44,99 euros par an pour une caméra, 149,99 euros pour un nombre illimité d’appareils. Le Standard Plan, réservé au HomeBase Professional S1, est défini par eufy comme un contrat d’abonnement à un service purement logiciel : 29,99 euros par mois après trois mois d’essai, pour l’assistant conversationnel, le modèle 3D du logement, la sauvegarde 4G, le rapport quotidien et la recherche intelligente. Et ExpertSecure, que la marque prévoit de rebaptiser Pro-Monitoring à son lancement, ajoute la vérification humaine de l’alarme par des agents de télésurveillance, pouvant conduire à l’envoi des secours.

Ces 29,99 euros méritent qu’on s’y arrête, parce qu’ils déplacent la marque. Une fois le boîtier acheté, l’abonnement logiciel d’eufy coûte trois fois le service de télésurveillance de Somfy, à 9,99 euros par mois, et s’installe à moins de cinq euros du tarif d’entrée de Verisure, à 34,90 euros par mois (un plancher, sous conditions, et qui monte vite selon l’équipement retenu). La différence n’est pas dans le montant, elle est dans ce qu’il achète : chez Somfy comme chez Verisure, l’abonnement rémunère une télésurveillance humaine, avec alerte des forces de l’ordre et intervention sur site. Chez eufy, le contrat parle d’un service purement logiciel. On est loin du positionnement tarifaire qui a fait la réputation de la marque.


Reste à savoir ce qui est réellement accessible en France. Le centre d’assistance d’eufy, dans sa version française, donne le service « Security System & Pro-Monitoring » comme réservé aux États-Unis, pendant que la page produit française du S1 évoque une surveillance professionnelle 24 h/24 et explique qu’après souscription à ExpertSecure, des agents peuvent consulter en direct les caméras autorisées lors d’une alarme afin de vérifier l’incident et d’accélérer l’envoi des secours. Autrement dit, sur le service qui rapproche réellement le S1 d’une offre de télésurveillance comme Verisure, les deux pages de la marque ne disent pas la même chose. Interrogée, Anker nous indique que le service prendra le nom de Pro-Monitoring à son lancement, sans préciser de calendrier ni de marchés concernés.
Pourquoi la course aux TOPS compte moins que l’ouverture aux appareils des autres
Pour vendre leurs produits, les marques mettent en avant les TOPS, ces milliers de milliards d’opérations par seconde que les fabricants présentent désormais un peu comme la cylindrée de leurs boîtiers.
Le critère qui décide vraiment ne se mesure avec aucun instrument : le boîtier peut-il communiquer avec les appareils des autres marques ?
Reolink est le plus explicite sur ce point. La marque annonce des intégrations avec Alexa, Google Home, Home Assistant, Homey et désormais IFTTT, même si la prise en charge de ce dernier reste limitée à certains modèles et à certains firmwares. Les flux peuvent être affichés sur les écrans connectés d’Amazon et de Google.
Anker présente MindBase comme un contrôleur Matter 1.5, doté de radios Thread et Zigbee, capable de fonctionner en multi-admin avec Apple Home, Alexa, Google Home et Home Assistant. Concrètement, cela signifie qu’un appareil Matter peut être piloté depuis plusieurs plateformes à la fois. Cela ne signifie pas encore que les appareils eufy raccordés au boîtier apparaîtront dans Apple Home ou dans Home Assistant : Anker n’a pas précisé dans quelle mesure sa propre gamme y serait exposée. La marque annonce également 48 To de stockage local extensible. C’est un changement de cap pour un écosystème longtemps réputé fermé autour de sa seule application.
UGREEN communique beaucoup moins sur le sujet, et son tableau de spécifications n’en dit rien : processeur, mémoire, stockage, ports, système d’exploitation, mais aucun protocole domotique ni vidéo. Il faut aller chercher dans sa foire aux questions pour apprendre que HomeAgent gère Matter over Thread comme Matter over Wi-Fi et Ethernet, et surtout qu’il accepte les caméras tierces en ONVIF (Open Network Video Interface Forum, l’organisme industriel qui définit les interfaces permettant à une caméra et à un enregistreur de marques différentes de se parler) et en RTSP, jusqu’à huit flux simultanés. Le boîtier le plus discret de cette page est donc le seul des quatre à annoncer qu’il acceptera des caméras qu’il n’a pas vendues… Pour peu que les listes de compatibilité suivent.
Un écosystème dans lequel les caméras deviennent plus performantes lorsqu’on lui ajoute son boîtier n’est donc pas forcément une plateforme ouverte. C’est aussi un écosystème avec un portier. Et c’est là que le candidat le plus ancien, Home Assistant, garde une longueur d’avance. Un logiciel libre qui communique avec des milliers d’appareils sans abonnement obligatoire occupe déjà la position que les industriels tentent de conquérir avec du matériel. La recherche vidéo en langage courant ? Elle n’y est pas native, mais son écosystème l’obtient déjà avec Frigate, en local et sans frais récurrents.
Ce que les nouveaux boîtiers apportent n’est donc pas la fonction, c’est le fait de l’avoir sans rien assembler (Frigate réclame un serveur et de la configuration, avec 16 Go de mémoire vive et un processeur graphique dédié recommandés pour les modèles les plus lourds).

Gemini built in, et comment Google peut bouleverser le marché
Strong a profité de l’IFA pour annoncer un partenariat avec Google Home, revendiqué par sa maison mère Skyworth Digital. On pourrait le voir comme un accord commercial de plus. À travers son programme « Gemini built in », Google permet en réalité aux constructeurs de commercialiser une caméra dotée d’intelligence artificielle sans avoir développé eux-mêmes toute la couche logicielle nécessaire.
Le programme fournit une conception de référence pour les caméras, entièrement validée, processeurs, capteurs et microphones compris, élaborée avec des partenaires comme Amlogic, SEI Robotics et Apical. Google fournit également un kit de développement embarqué.
Google explique lui-même que ses partenaires peuvent ainsi éviter des années de recherche et développement. Trois fonctions accompagnent cette architecture : une intelligence capable de décrire ce qui s’est passé plutôt que de se contenter d’indiquer « personne détectée », Ask Home pour interroger le logement en langage courant et Home Brief pour résumer la journée. Reste la facture. Chez Google, les descriptions générées, les notifications enrichies et le Home Brief exigent le forfait Advanced de Google Home Premium, à 18 euros par mois ou 180 euros par an, et la recherche dans l’historique des caméras en dépend également. Le modèle tarifaire des futurs appareils Strong, lui, n’est pas annoncé.
La gamme AI Home de Strong, découlant de ce partenariat, doit couvrir des caméras d’intérieur et d’extérieur, des visiophones et des enceintes, à partir de 2027. Charlie Zheng, PDG de Strong, présente cette stratégie comme un moyen de dépasser le seul marché du divertissement, sur lequel la marque exploitait déjà Gemini avec Google TV.
La caméra de fenêtre, une catégorie neuve et encore perfectible
À contre-pied, la caméra de fenêtre Sonoff coûte 35,60 euros sur la boutique européenne du fabricant, soit moins du quart du prix du Reolink Home Hub 2, le moins cher des boîtiers évoqués plus haut. Anker annonce sa déclinaison à 69,99 dollars, sans tarif européen communiqué à ce jour.
Le principe est simple : un module fixé à l’intérieur de la vitre regarde vers l’extérieur. Il n’est pas nécessaire de percer ou de câbler une façade, et la caméra reste hors d’atteinte depuis la rue. Pour un locataire, par exemple, l’intérêt est évident.

| Modèle | Définition et optique | Prix |
|---|---|---|
| Anker Window Camera E10 | 2,5K, f/1.0, inclinaison réglable sur 25°, optique dite antireflet, alimentation USB-C | 69,99 $, tarif public américain. Aucun tarif européen communiqué |
| Sonoff CAM GlassView CAM-S3W | 2K, capteur de 3 mégapixels, f/1.0, champ de 100°, algorithme antireflet | 35,60 € sur la boutique européenne du fabricant, relevé le 11 septembre 2026 |


Le principe séduit, mais il présente quelques limites. Sonoff explique que sa caméra n’intègre volontairement ni infrarouge ni éclairage blanc, puisque ces sources lumineuses se réfléchiraient sur la vitre. La vision nocturne en couleur dépend donc uniquement de l’éclairage extérieur disponible. La marque signale également qu’un vitrage épais peut provoquer des reflets sur les bords et conseille d’agrandir la zone d’ombre autour du support.
La fiche technique révèle une seconde limite potentielle, beaucoup moins commentée. Le CAM-S3W est prévu pour une humidité de fonctionnement comprise entre 5 et 95 % d’humidité relative (HR), sans condensation. Or, c’est précisément à l’intérieur d’une vitre que la condensation peut apparaître en hiver, notamment dans un logement chauffé et mal ventilé.
Le problème n’est d’ailleurs pas propre aux caméras de fenêtre. La caméra d’intérieur de Shelly, qui n’est pas destinée à être fixée sur une vitre, est donnée pour 30 à 70 % HR seulement. Les fabricants savent donc que l’humidité constitue une limite.
L’industrie automobile, qui installe des caméras derrière des pare-brise depuis des années, traite le sujet comme un problème d’ingénierie à part entière, avec des zones chauffées autour de l’optique et des capteurs capables de détecter ou d’anticiper la formation de buée.
Des technologies qui manquent à l’appel sur les caméras de fenêtre. Pour l’instant, aucun fabricant n’indique ce que devient l’image lors d’une nuit d’hiver derrière la vitre d’une salle de bains, ni si l’appareil prévient lorsque son champ de vision se couvre de buée.
Batterie, carte SIM, continuité de service, ce que les nouveaux cerveaux ont laissé de côté
Couper le compteur reste l’attaque la plus élémentaire contre une alarme. Même un cerveau local devient inutile s’il s’éteint avec le tableau électrique, et cesse de protéger au moment précis où il devrait le faire. Or, les fabricants ne mentionnent ni batterie intégrée ni liaison cellulaire de secours sur AI CoreX, HomeAgent, Home Hub 2 ou encore le MindBase d’Anker.
Quant aux solutions avec vérification humaine, la continuité de service y reste tout aussi cruciale. Somfy propose une connexion de secours à 2,99 euros par mois, offerte pendant cinq ans sur Home Keeper et Home Alarm Advanced. Anker, de son côté, intègre une batterie de 96 Wh et une carte SIM 4G de secours sur sa HomeBase Professional S1.
Cette situation dessine surtout une fracture dans la gamme Anker eufy. HomeBase Professional S1 concentre les fonctions de résilience : batterie de 96 Wh, connexion 4G de secours, alimentation PoE (Power over Ethernet, l’alimentation des caméras par le câble réseau), sirène et stockage jusqu’à 16 To. MindBase vise l’autre rôle, celui de cerveau du logement, avec 48 To, une IA locale plus ambitieuse, Matter et une ouverture plus large.
Interrogée par nos soins, la marque confirme que les deux boîtiers tournent sur des systèmes indépendants et ne peuvent pas encore former une installation unique. MindBase n’accède pas directement aux caméras ni aux capteurs rattachés au S1, et un appareil doit être migré d’une centrale à l’autre pour changer de camp. Acheter les deux ne donne donc pas les deux jeux de fonctions : rien ne les relie. Interrogée sur ce que devrait acheter un particulier exigeant qui voudrait tout, Anker répond par un arbitrage et non par une architecture : MindBase pour le stockage local, le partage familial et la connectivité inter-protocoles, HomeBase Professional S1 pour le PoE, la 4G, la batterie et l’intégration d’alarme professionnelle.
Le S1 porte d’ailleurs deux limites peu mises en avant. Sur batterie, il conserve l’enregistrement, l’IA, les alarmes et le stockage, mais coupe son disque dur, ses ports PoE et sa sortie graphique. Les vidéos basculent alors sur la mémoire interne, dont 26 Go sur 32 sont disponibles. Pour approcher les vingt-quatre heures annoncées, eufy prend d’ailleurs pour référence une installation de quatre caméras Wi-Fi et d’un bouton panique : sur des caméras alimentées par batterie ou panneau solaire, elles continuent de filmer et la perte se limite à la capacité d’enregistrement ; sur une installation filaire, il faut prévoir un onduleur pour le réseau PoE. Quant au secours cellulaire, il est livré avec 400 Mo de données offertes à l’activation. Au-delà, il faut racheter du volume, sous peine de voir la carte SIM suspendue et l’accès Internet coupé.
Reste une pièce manquante. Aucun produit Anker ne réunit aujourd’hui l’IA avancée, l’ouverture Matter, le stockage massif, le PoE, la batterie et le secours cellulaire. Une « MindBase Pro » serait la suite logique du catalogue, mais c’est notre lecture, pas une annonce de la marque.
La réponse existe déjà, mais elle se vend dans d’autres rayons. Une station d’énergie portable dotée d’une fonction d’alimentation de secours s’ajoute sans travaux : nous avons vérifié le principe avec la BLUETTI Elite 300, capable de maintenir une box Internet, un hub de sécurité et un routeur Wi-Fi pendant une coupure. Du côté du réseau, les systèmes mesh équipés d’un emplacement pour carte SIM basculent automatiquement vers le réseau mobile dès que la ligne fixe tombe, un fonctionnement que TP-Link documente précisément sur sa gamme Deco. Un foyer peut donc déjà obtenir la continuité de service que sa centrale ne lui offre pas… Mais il doit la construire lui-même en achetant d’autres appareils.
Autre limite : parmi les systèmes observés à Berlin, aucun ne mutualisait une seule connexion cellulaire entre plusieurs caméras autonomes 4G. Sur un grand terrain équipé uniquement de ce type de caméras, il faut donc autant de connexions mobiles que d’appareils. D’autres architectures existent pourtant. Le PoE transporte réseau et alimentation sur un même câble et évite de multiplier les cartes SIM, au prix d’un câblage à tirer jusqu’aux caméras ; un segment Ethernet cuivre est normalement limité à une centaine de mètres, même si des prolongateurs PoE ou la fibre permettent d’aller plus loin. Autre possibilité, centraliser la connexion cellulaire dans un seul routeur 4G ou 5G et relier ensuite les caméras en Wi-Fi ou en Ethernet. Dans les deux cas, la difficulté ne disparaît pas, elle se déplace vers la couverture du terrain et vers la continuité de l’alimentation du réseau.
La détection extérieure reste elle aussi un point faible. Pour surveiller un jardin ou un garage, une caméra ne suffit pas toujours : il faut pouvoir détecter un mouvement sans dépendre de l’image. À Berlin, le module à double radar d’Anker était la seule réponse que nous ayons vue.
Pourquoi Verisure reste un concurrent difficile à détrôner
Le concurrent le plus lourd de ces nouveaux hubs ne vend pas de boîtier comparable : il vend une centrale, et il la vend avec un service. Cette centrale réunit dans un même système plusieurs fonctions que les nouveaux hubs n’offrent pas toutes ensemble, soit Ethernet, Wi-Fi, 4G, 3G et 2G avec sa propre carte SIM, une batterie de secours et un canal antibrouillage. Dès 34,90 euros par mois, hors installation facturée à partir de 199 euros hors taxes et avec engagement de trente-six mois, Verisure promet quatre étapes d’intervention. Les boîtiers d’IA locale en couvrent une pleinement, une à moitié, et laissent les deux dernières à un service dont personne ne garantit aujourd’hui qu’il existe en France.
| Étape d’intervention | Boîtiers d’IA locale | Verisure |
|---|---|---|
| Dissuader | Partiel : projecteur suiveur et avertissement vocal annoncés chez Anker, non annoncés ailleurs | Sirène, signalétique, interphonie, brouillard anti-cambriolage selon équipement |
| Détecter | Oui, et c’est là que porte toute la course aux TOPS | Oui |
| Vérifier | Disponibilité en France non établie : la documentation eufy est contradictoire, et aucune autre marque ne le propose | Oui, agents 24 h/24 |
| Intervenir | Non | Oui, forces de l’ordre après levée de doute, déplacement d’un agent, puis gardiennage si nécessaire |
Verisure continue de renforcer sa position. La marque a dépensé 18,3 millions d’euros au seul deuxième trimestre pour remplacer son matériel 2G et 3G, avant des extinctions que Verisure situe globalement vers la fin de la décennie à l’échelle européenne. En France, le calendrier est autrement serré : Orange arrête définitivement la 2G en métropole le 20 octobre 2026, et la 3G en 2028. Pendant que les marques de Berlin oublient la liaison de secours, le télésurveilleur en finance le renouvellement. Et il a bouclé en juillet le rachat de l’interphone français Kivala Système, pour un investissement initial de 6 millions d’euros, afin de vendre aussi l’accès aux immeubles collectifs.
Le traitement local ne change rien à la loi : ce que la CNIL encadre, et ce qu’elle interdit toujours
Le fait d’analyser les images directement sur place change l’endroit où s’effectue le traitement. Cela ne modifie pas ce que la caméra a le droit de filmer.
La doctrine de la CNIL en la matière reste la même, la commission indiquant d’ailleurs que sa fiche consacrée aux immeubles d’habitation est en cours de mise à jour. Un particulier ne peut filmer que l’intérieur de sa propriété, c’est-à-dire son logement, son jardin et son chemin d’accès privé. Filmer la voie publique lui est interdit, y compris lorsqu’il s’agit de surveiller une voiture stationnée devant chez lui.
La caméra de fenêtre est le produit du salon qui pose le plus de problèmes. Elle est conçue pour être posée dans un appartement et regarder dehors, c’est-à-dire, souvent, la rue ou les fenêtres d’en face. Or ce que la CNIL interdit à un particulier, elle l’interdit sans exception : filmer la voie publique reste hors de portée, même pour surveiller sa propre voiture.
En immeuble, les règles sont encore plus contraignantes. Les caméras peuvent être installées dans les espaces communs, mais elles ne doivent filmer ni les portes des appartements ni leurs balcons, terrasses ou fenêtres.
L’installation doit être votée en assemblée générale des copropriétaires. Lorsque les parties communes filmées constituent un lieu ouvert au public, par exemple un hall accessible sans digicode ni interphone, une autorisation préfectorale est également nécessaire.
Deux usages mis en avant à Berlin demandent eux aussi un peu de prudence. Le journal vidéo familial suppose de filmer des proches en continu. La CNIL rappelle à ce sujet qu’il faut respecter le droit à l’image des membres de la famille et des invités.
Le suivi d’une personne âgée par caméra demande également de la prudence lorsque du personnel soignant ou aidant intervient au domicile : ces personnes doivent être informées du dispositif et de sa finalité, et un salarié ne peut pas être filmé en permanence pendant son activité.
S’équiper maintenant ou attendre : ce que nous ferions selon votre logement
Les fabricants de caméras conservent l’avantage du capteur, qui produit l’image, soit la matière première dont ces systèmes ont besoin. Reolink, Anker et UGREEN commencent d’ailleurs à s’ouvrir aux appareils des autres. Mais aucun n’atteint encore l’étendue et la neutralité d’un orchestrateur comme Home Assistant, qui ne vend pas de matériel et n’a donc aucune raison de privilégier une marque. Et ils n’ont pas non plus ce que la télésurveillance vend depuis trente ans : faire intervenir quelqu’un sur place.
Si vous équipez une maison individuelle cette année, la nouveauté achetable aujourd’hui est le stockage local associé à la recherche en langage courant. La recherche vidéo locale de Reolink fonctionne déjà sur plusieurs caméras et enregistreurs de la marque ; le Home Hub 2, qui la centralise pour huit caméras et jusqu’à 16 To, arrive à l’automne 2026 pour 159,99 euros. En face, eufy facture son historique dans le nuage 44,99 euros par an pour une caméra.
Si vous recherchez avant tout un boîtier gestionnaire capable de centraliser votre logement, nous attendrions une génération. Chez Anker, les deux moitiés de la réponse existent déjà mais ne se parlent pas. Chez UGREEN, il faut passer par un financement participatif : 899 dollars pour le premier hub en tarif de lancement, contre 1 799 dollars de prix public annoncé, et jusqu’à 9 999 dollars pour le modèle bâti autour d’une puce NVIDIA Jetson Thor, affiché 19 999 dollars hors campagne. Les livraisons s’étalent de janvier à juillet 2027, et la marque se réserve le droit de faire évoluer les fonctions avant production.
Enfin, si votre besoin principal est qu’une personne se déplace lorsque l’alarme se déclenche, aucun de ces nouveaux boîtiers ne le fera à lui seul.. Cette fonction se paie tous les mois et correspond à une logique différente de celle d’un achat de caméra.
Alors, quelle(s) solution(s) choisissez-vous (ou non) pour protéger votre logement ? Faites-nous part de vos retours d’expérience en commentaire.
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