Une vidéo d’iPhone volé à Lille, qui réclame son retour au magasin, laisse croire que tous les téléphones pillés le 17 octobre sont déjà inutilisables. Ce verrou ne concerne pas tous les appareils volés, et les mesures employées peuvent se retourner contre les acheteurs d’occasion. Voici quelques points de vigilance.
Samedi 17 octobre, en marge des manifestations contre la vie chère, les Apple Store de Lille et de Bordeaux ont été pillés, comme des boutiques d’opérateurs et de grandes enseignes. Le lendemain, une vidéo faisait le tour des réseaux sociaux : l’écran d’un iPhone emporté demande qu’on le rapporte au magasin de Lille, et prévient que l’appareil « a été désactivé et est en cours de géolocalisation ».
Nous n’avons pas pu en vérifier l’authenticité, mais le message correspond à un dispositif connu. Depuis, l’idée s’impose que tout le butin électronique est déjà bloqué. Tout dépend pourtant de l’endroit d’où sort le téléphone : la table d’exposition, ou la réserve.
iPhones de démonstration : le verrou à distance redoutable d’Apple
Les iPhone posés sur les tables d’un Apple Store sont des modèles de démonstration. En cas de vol, Apple les désactive et fait apparaître à l’écran un avertissement : l’appareil est localisé, et les autorités seront prévenues. Celui qui l’a emporté se retrouve avec un téléphone inutilisable.
La marque l’a reconnu en juin 20201, après le pillage de plusieurs de ses boutiques aux États-Unis. Les iPhone volés à Philadelphie affichaient alors le même type d’avertissement que celui filmé à Lille. Apple avait confirmé verrouiller ses modèles de démonstration, sans dire si la mesure valait aussi pour les iPhone neufs de sa réserve.
Smartphones neufs en stock : un blocage IMEI limité aux réseaux français
Les téléphones neufs rangés en réserve, chez Apple comme dans les boutiques d’opérateurs, ne sont pas des modèles de démonstration. Pour eux, le blocage prévu par la loi repose sur le numéro IMEI (International Mobile Equipment Identity), l’identifiant à quinze chiffres de chaque appareil, imprimé sur sa boîte.
L’enseigne pillée commence par recenser ce qui a disparu, puis porte plainte en joignant la liste des IMEI. La police ou la gendarmerie transmet ensuite la déclaration de vol aux opérateurs. L’article L34-3 du code des postes et des communications électroniques leur laisse quatre jours ouvrés, à compter de sa réception, pour bloquer les appareils. Avant cette échéance, rien ne distingue un téléphone volé d’un autre : il appelle et navigue normalement.

Les opérateurs inscrivent ces IMEI dans une base commune, interrogée dès qu’un téléphone tente de se connecter. Un appareil qui y figure est refusé par le réseau, avec n’importe quelle carte SIM : plus d’appels, de SMS ni de données mobiles. Le blocage épargne le Wi-Fi, et il ne vaut qu’en France : la base est partagée avec des opérateurs étrangers, mais un téléphone bloqué ici reste utilisable sur leurs réseaux.
Nota bene : les particuliers n’ont pas accès à cette base. Que le téléphone capte le réseau le jour de l’achat ne garantit donc rien pour la suite.
Blocage à distance par les constructeurs : mythe ou réalité ?
Depuis le 20 octobre, plusieurs sites affirment que les enseignes transmettent aussi les IMEI aux fabricants, qui bloqueraient les téléphones volés dès leur première connexion à internet. Néanmoins, aucun de ces articles ne s’appuie sur une déclaration de fabricant, et aucun fabricant ne l’a confirmé. Apple n’a fait aucune déclaration publique depuis les pillages. La technique existe, pourtant. Samsung propose Knox Guard2, un service qui verrouille à distance les appareils qui y sont enregistrés, y compris pendant leur trajet de l’usine au magasin. Le fabricant précise toutefois que cette protection de transport est levée à l’arrivée chez le revendeur.
En avril, le sénateur de la Manche Sébastien Fagnen avait interrogé le ministre de l’Intérieur sur les vols en boutique d’opérateurs3. Selon lui, les fabricants ont des solutions de blocage à distance, mais ne les proposent pas systématiquement aux distributeurs, ou à prix fort. Il suggérait de les y obliger, avec une portée mondiale. Sa question a été retirée sans obtenir de réponse.
Achat d’occasion : les 4 contrôles indispensables pour ne pas se faire piéger
Un téléphone acheté avant le blocage fonctionne, puis peut cesser de capter le réseau du jour au lendemain. Réunies le 19 octobre par le gouvernement4, les plateformes de revente, dont Vinted, Leboncoin et eBay, se sont engagées à repérer les annonces suspectes. Aucun de ces engagements ne prévoit de contrôle propre aux téléphones, comme une vérification de l’IMEI.

Avant de payer un smartphone récent d’occasion, quatre contrôles limitent le risque :
Le risque n’est pas que technique. Acheter ou revendre un téléphone en connaissant son origine relève du recel, puni de cinq ans de prison et de 375 000 € d’amende. La bonne foi ne protège pas de tout : pendant trois ans, l’enseigne pillée peut réclamer son bien à celui qui le détient. Elle ne rembourse l’acheteur que s’il l’a payé à un professionnel qui vend ce type d’appareils, sur un marché ou en vente publique. Après une annonce entre particuliers, l’acheteur perd le téléphone et son argent, et ne peut se tourner que vers son vendeur.
Ce qu’il faut retenir : tous les téléphones pillés ne sont pas inutilisables
La vidéo de Lille n’a pas été authentifiée, et le verrou qu’elle montre n’est confirmé par Apple que pour ses modèles de démonstration. Pour les téléphones pillés dans les réserves, seul l’opérateur est tenu de bloquer.
| Verrou | Qui le déclenche | Ce qu’il bloque | Sa limite |
|---|---|---|---|
| iPhone de démonstration | Apple | L’appareil entier, avec un message de restitution | Rien ne dit qu’il couvre le stock |
| Smartphone en stock, par l’IMEI | L’opérateur, après la plainte | Appels, SMS et données mobiles | Quatre jours ouvrés de délai, Wi-Fi intact, France seulement |
| Galaxy en transit, par Knox Guard | Samsung, sur les appareils enregistrés | L’appareil entier | Levé à l’arrivée chez le revendeur |
Pour un téléphone récent d’occasion, passez par un professionnel du secteur, facture à l’appui : si l’appareil a été volé, son propriétaire devra vous rembourser pour le récupérer. Un modèle neuf sous film, sans facture, vendu à prix cassé par un particulier, est à éviter.
Et vous ? Pensez-vous qu’il faille une loi pour que les fabricants verrouillent le stock volé comme Apple verrouille ses modèles de démonstration ? Vous avez acheté un smartphone d’occasion qui a cessé de capter le réseau quelques jours plus tard ? Racontez-nous en commentaire comment l’histoire s’est terminée.
- https://techxplore.com/news/2020-06-apple-tracking-looted-iphones.html ↩︎
- https://news.samsung.com/us/samsung-knox-guard-enterprises-device-security/ ↩︎
- https://www.senat.fr/questions/base/2026/qSEQ26041032S.html ↩︎
- https://presse.economie.gouv.fr/vente-de-produits-voles-lors-des-pillages-le-gouvernement-mobilise-les-plateformes/ ↩︎
Certains liens de cet article peuvent être affiliés.
Prix indicatifs, susceptibles d'évoluer. L'image de une peut avoir été générée en tout ou partie par IA.











