Pendant que les salles low cost se livrent une guerre des prix, une enseigne française mise sur l’inverse : des séances de 20 minutes dopées à l’électrostimulation, avec un coach pour trois clients au plus. MyoTec ouvre des studios à un rythme soutenu et lorgne la Californie. J’ai enfilé la combinaison pour comprendre ce qui marche, et ce qui relève du slogan.
L’histoire de MyoTec commence par un accident. En 2013, Sophien Boustani, alors bagagiste à l’aéroport de Marignane, se fracture le coude en sautant d’une soute. C’est en rééducation qu’il découvre l’électrostimulation musculaire, ou EMS (pour électro-myostimulation), raconte le portrait que lui consacre La Provence¹. Trois ans plus tard, en 2016, il ouvre son premier studio à Aix-en-Provence. Le prix national Talents des Cités suit en janvier 2018, alors qu’il projette déjà deux nouvelles salles en France et une à Londres¹.
Dix ans après, le réseau revendique plus de 58 centres et une présence dans 10 pays, pour un objectif de 70 implantations d’ici fin 2026², soit une dizaine de centres de plus. Un premier studio se prépare en Californie, sur un marché américain encore jeune pour l’EMS grand public¹. Autour de lui, le secteur a explosé : plus de 800 studios d’EMS ont ouvert en France, relevaient Les Échos en 2023, citant l’Observatoire de la franchise³. Le modèle tourne vite : 200 000 à 300 000 euros de chiffre d’affaires par studio selon le calcul du fondateur de MyoTec dans le même article, pour des surfaces et des effectifs réduits qui varient d’un réseau à l’autre.
Reste la question que tout le monde pose devant la vitrine : 20 minutes qui vaudraient 4 heures de sport, sérieusement ?

D’où vient vraiment le « 4 heures de sport en 20 minutes »
Le socle scientifique de l’EMS corps entier, ce sont les travaux de Wolfgang Kemmler, chercheur à l’université d’Erlangen-Nuremberg et référence mondiale du sujet. Son essai randomisé publié en 2016 a réparti 48 hommes non entraînés entre deux programmes de 16 semaines : musculation haute intensité ou séances d’EMS de 20 minutes. Ces dernières se faisaient à trois volontaires par instructeur, le plafond pratiqué chez MyoTec, mais sur du matériel Miha Bodytec. Masse maigre en hausse de 1,25 % côté musculation et de 0,93 % côté EMS : l’essai ne permet pas de conclure à un écart entre les deux groupes, pas plus que sur la force⁴.
Attention au raccourci : les séances de musculation de cet essai duraient environ 30 minutes, pas 4 heures. Et comme le groupe EMS venait moins souvent, trois fois tous les quinze jours contre au moins deux fois par semaine, il a cumulé 403 minutes d’entraînement en 16 semaines, contre 847 pour la musculation⁴. Ce que cet essai établit, c’est donc qu’un protocole d’EMS peut obtenir des résultats comparables à ceux d’une musculation intense sur la masse maigre et la force, avec deux fois moins de temps passé à s’entraîner. Le rapport de 1 à 12 que suppose le slogan, lui, est une extrapolation commerciale, l’idée qu’il faudrait des heures pour travailler chaque muscle un à un en salle, qu’aucune étude primaire ne démontre telle quelle.
La recherche récente invite d’ailleurs à la mesure. L’étude FIT-AGEING de l’université de Grenade, publiée dans Frontiers in Physiology, a suivi 89 adultes sédentaires : le groupe où l’EMS était ajoutée à du HIIT (entraînement fractionné de haute intensité) n’a pas obtenu de gains supérieurs aux programmes d’exercice classiques⁵. Kemmler lui-même décrit l’EMS comme une option efficace⁴. L’EMS ne fait pas mieux que le sport : elle fait presque aussi bien, en moitié moins de temps. C’est déjà énorme quand l’agenda déborde !
Ce que j’ai ressenti en séance
J’ai testé quelques séances MyoTec, et j’ai beaucoup apprécié. Sur le fameux ratio, je vais rester mesuré : je n’irais pas jusqu’à dire que j’ai senti passer 4 heures de sport, l’équivalent de 2 bonnes heures me paraît plus proche du ressenti. Et franchement, 2 heures condensées en 20 minutes, c’est déjà remarquable. La combinaison change la nature de l’effort : chaque squat, chaque fente coûte nettement plus cher en intensité, les muscles répondent autrement, et les courbatures du lendemain ne mentent pas.

Le coach fait une vraie différence, et pas seulement pour régler les électrodes. Il corrige les postures, ce qui évite les mauvais mouvements, et surtout il vous garde à fond du début à la fin. Vingt minutes ne laissent aucun temps mort, là où une heure de salle en autonomie se dilue vite. Le format court a un autre mérite, plus psychologique : on n’a pas le temps de se lasser ni de se décourager, deux raisons classiques d’abandon en salle de sport. Selon l’objectif fixé au départ, la séance s’oriente cardio, renforcement ou perte de poids. La réservation passe par une appli, simple, et c’est un détail qui compte quand le format vend justement le gain de temps.
J’avais testé le concurrent Bodyhit il y a quelque temps. Les deux concepts se ressemblent beaucoup : même durée, même séance encadrée par un coach, en petit groupe de 2 ou 3 personnes au plus selon l’enseigne. À l’usage, MyoTec ressort moins cher, et sa combinaison sans fil m’a paru plus agréable à porter. Sur l’efficacité comparée des deux technologies, je ne me prononce pas, je n’ai ni les instruments ni le recul pour ça.

Au-delà de la séance : suivi des résultats et nutrition
MyoTec ne vend pas que les 20 minutes. Le parcours démarre par un bilan corporel sur une balance connectée d’analyse, renouvelé régulièrement, ce qui permet de suivre l’évolution de la masse musculaire et de la masse grasse au fil des séances plutôt que de se fier au seul pèse-personne.
L’enseigne ajoute un volet nutrition : conseils adaptés à l’objectif, suivi mensuel possible selon les centres, et une sélection de compléments vendus en studio, protéines, récupération, hydratation⁷. Le discours de la marque est ici prudent et c’est à porter à son crédit : MyoTec écrit noir sur blanc que ces produits soutiennent une routine « sans promesse miracle » et ne remplacent ni une alimentation équilibrée ni un avis médical. Une cohérence bienvenue : pour la perte de poids, c’est bien le trio alimentation, régularité et entraînement qui fait le résultat, la combinaison ne fait qu’accélérer le volet musculaire.
MyoTec face à Bodyhit : deux stratégies françaises
Les deux enseignes incarnent deux façons de jouer la même partition. Bodyhit, fondée en 2017, est le réseau le plus étendu : l’enseigne revendiquait déjà plus de 130 clubs déployés début 2023, quand les annuaires de franchise en recensent un peu plus de 100 en France en 2025, pour plus de 100 000 adhérents annoncés. Depuis 2022, elle est adossée à l’allemand Schwa-Medico, spécialiste de l’électrostimulation médicale, qui lui fournit sa technologie sans fil Symbiont.
MyoTec a pris le chemin inverse : rester indépendant et fabriquer. Depuis 2022, l’enseigne conçoit et produit sa propre technologie sans fil, baptisée EMSFX. Son fondateur en fait un argument économique plus que technique : « Le sans fil n’est plus une innovation, c’est un standard », dit-il à l’Observatoire de la franchise, en plaçant la différence sur la stabilité du matériel et l’absence de dépendance à un fournisseur. C’est ce statut de fabricant-franchiseur, rare dans le secteur, qui porte son expansion : avec plus de 58 centres revendiqués, MyoTec court derrière Bodyhit en maillage, mais maîtrise toute sa chaîne, de l’électrode à la séance.
| MyoTec | Bodyhit | Iron BodyFit | |
|---|---|---|---|
| Création | 2016 | 2017 | 2015 |
| Centres en France | ~55 | ~100 | ~140 |
| Séance | 20 min | 20 min | 25 min |
| Abonnement (4 séances / mois) | à partir de 89 €/mois | à partir de 120 €/mois | à partir de 110 €/mois |
| Technologie | EMSFX sans fil, fabriquée en interne | Symbiont sans fil (Schwa-Medico) | Miha Bodytec |
Troisième acteur du tableau, Iron BodyFit reste le réseau le plus dense : environ 140 studios en France selon les communications 2025-2026, et plus de 220 dans le monde.
Efficacité et perte de poids : ce que disent les chiffres
Les données d’efficacité publiées vont dans le même sens que mon ressenti, avec une réserve de taille : la plupart circulent via des acteurs du secteur plutôt que via les études primaires. MédecinDirect relaie, via le fabricant Compex, +27 % de force et +8 % de volume musculaire après huit semaines d’EMS ciblée. Les Échos évoquaient, « si l’on en croit les études », +71 % d’endurance, +17 % de force et -6 % de masse grasse après six mois³. Des ordres de grandeur plausibles, à lire comme des chiffres avancés par l’industrie plus que comme des résultats consolidés.
Côté dépense énergétique, le chiffre sort cette fois d’un laboratoire. En 2012, l’équipe de Wolfgang Kemmler a mesuré ce que brûlent 19 jeunes hommes sur la même séance de 16 minutes, une fois avec électrodes, une fois sans. Résultat ? Environ 110 kilocalories avec le courant, 94 sans, soit 17 % de plus. Autant dire que, pendant la séance, les électrodes n’ajoutent qu’une quinzaine de kilocalories. Sur une séance de 20 minutes du même type, les chercheurs arrivent à environ 140 kilocalories⁴. Un total qu’ils jugent eux-mêmes plutôt faible, même si leur méthode de mesure le sous-estime probablement.
Sur la perte de poids, en revanche, le consensus médical est net. Pour les médecins de MédecinDirect, l’EMS seule ne fait pas maigrir : il faut un déficit calorique et de l’activité à côté. La combinaison accélère le renforcement, elle ne remplace ni l’assiette ni le cardio de fond.
Les limites à connaître avant de signer
Mal dosée, l’EMS peut provoquer des douleurs, voire, dans de rares cas, une rhabdomyolyse, une destruction de fibres musculaires qui peut retentir sur les reins. Elle est déconseillée avec un pacemaker, pendant la grossesse et en cas d’épilepsie.
La pratique se limite par ailleurs à deux séances par semaine maximum, avec une récupération obligatoire entre les deux. Le coaching systématique, chez MyoTec comme chez Bodyhit, est précisément le garde-fou qui rend la méthode raisonnable.
Pour qui ça vaut le coup
MyoTec coche une case très précise : celle des gens qui n’ont pas le temps. Deux créneaux de 20 minutes par semaine, réservés en trois tapotements sur une appli, avec un coach qui vous empêche de tricher et un suivi chiffré de vos résultats, c’est une proposition qui tient face à l’abonnement de salle qu’on ne consomme jamais. À partir de 89 euros par mois ou environ 30 euros la séance en pack, le tarif est au-dessus d’une salle classique. Sauf qu’on paie une séance encadrée par un coach, à trois clients au plus : c’est donc à un coach particulier qu’il faut comparer le prix, plus qu’à un abonnement de salle.
Le développement de l’enseigne mérite d’être suivi : un fabricant français d’EMS qui revendique une présence dans 10 pays et s’attaque au marché américain, ça ne court pas les rues dans le fitness, secteur dominé par les modèles allemands et américains. Restent les inconnues classiques de la franchise, la régularité du suivi d’un studio à l’autre en premier. Et là-dessus, aucun article ne remplacera votre propre ressenti dans le centre près de chez vous : la première séance étant offerte, vous pouvez vous faire un avis sans sortir la carte bleue. C’est ce que j’ai fait, et je n’ai pas regretté le déplacement !
Vous avez testé l’EMS, chez MyoTec, Bodyhit ou ailleurs ? Racontez votre expérience en commentaire, et signalez-nous toute information qui aurait bougé depuis la publication.
Source(s) : https://www.caissedesdepots.fr/sites/cdc.fr/files/cp_laureats_talents_cites.pdf https://www.myotec.fr/nos-centres/ https://www.toute-la-franchise.com/news-myotec-concours-studio Paul Molga, « Pourquoi l'électrostimulation secoue le marché du fitness », Les Échos, 22 octobre 2023 https://d-nb.info/1269479865/34 Amaro-Gahete F. et al., projet FIT-AGEING, Frontiers in Physiology, 2019 (fphys.2019.00451) « Carquefou. Du renforcement musculaire par électrostimulation avec Myotec », Ouest-France, 18 avril 2026. myotec.fr/nutrition Entretien avec Sophien Boustani, Observatoire de la franchise / L'Express Franchise, avril 2026. « Se muscler avec l'électrostimulation : mythe ou réalité ? », MédecinDirect Kemmler W., von Stengel S., Schwarz J., Mayhew J. L., « Effect of whole-body electromyostimulation on energy expenditure during exercise », Journal of Strength and Conditioning Research, 2012, 26(1), p. 240-245, DOI 10.1519/JSC.0b013e31821a3a11, PMID 22158139
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